
par
Michele Vacchiano
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
(Charles Baudelaire)
Il est très difficile, pour moi, de parler des Alpes d'un point de vue impartial. Il s'agit du milieu où j'aime mieux vivre et travailler. C'est le royaume de la neige et du vent, des vallées solitaires et des forêts de larches où l'hermine, l'écureuil et le coq de bruyère trouvent leur refuge. Plus haut, à la limite du ciel, le spectacle puissant des glaciers, sources de la lumière.
Et encore les bruyères es les petits lacs créés par la glace, les cascades et les ruisseaux d'argent: chacun d'eux a sa voix, qui reste dans l'âme de ceux qui apartiennent à la montagne.
Ici l'été triomphe avec ses couleurs et ses parfums, lorsque des innombrables petits fleurs et des papillons colorés et des sauterelles enivrées d'amour remplissent les prés d'une éblouissante symphonie de vie. Ici les dieux paisibles de la montagne vivent en paix: le bouquetin majestueux, le chamois craintif et la marmotte, qui vit avec les gnomes dans l'obscurité souterraine. Et encore la perdrix et le noble courbeau, l'aigle et le gipaëte aux grandes ailes.
On ne peut pas vivre ici sans éprouver une émotion inépuisable.
La poussière des sentier pénètre dans les pores de ta peau et tu ne pourras jamais l'enlever. Lorsque tu la respire, elle entre dans ton âme.
Dès ce moment tu appartiendras à la montagne et à la nature sauvage.
Le soleil des altitudes dessèche et casse ta vieille et subtile croûte de civilisation, en découvrant ta véritable essence de fils de l'univers, de créature terrestre forgée avec les arbres et les eaux, les rochers et la poussière perdue par les étoiles.
Dorénavant tu appartiendras à ces lieux solitaires et y reviendras le plus souvent que possible. Lorsque ton corps t'empêchera d'y aller, ils seront les lieux de tes rêves, le paradis perdu où maintes fois tu a défié tes limites à la recherche de toi-même. Ou à la recherche de ton Dieu.
Maintenant tu es en communion avec la nature sauvage, prêt à saisir le sparfums, la lumière, les bruits avec la sensibilité d'un animal. Parmi les fleurs il y a des petites vies que très souvent nous tuons sans nous en apercevoir.
Tu ne peux pas saisir une image comme l'on chasse une proie. On ne peut pas capturer la lumière ni la fléchir à nos désirs: elle est subtile, la lumière, impalpable plus qu'une toile d'araignéeile. Il faut apprendre l'art du tisserand pour en faire des tapisseries éblouissantes.
Ainsi un petite empreinte d'argent restera sur le chemin, à la fin de ton voyage.